| "Enseigner les sciences aujourd'hui" - Robert, Professeur de mathématiques |
» Pensez-vous que les programmes scolaires concernant votre discipline sont adaptés ? Pourquoi ?
Pas du tout. Adaptés à quoi, il faudrait le préciser. Adaptés aux besoins de notre pays et de l'instruction de nos jeunes, qui auront une place demain dans une Société complexe au niveau technologique et scientifique élevé, avec des horizons humains, sociaux, internationaux, (multi)culturels, inimaginablement plus vastes qu'il y a seulement un demi-siècle. Au contraire, par rapport aux programmes antérieurs au milieu des années 1980, ceux actuels représentent un recul drastique aux effets désastreux sur l'ensemble de la jeunesse, et donc à la génération montante de citoyens, de travailleurs, de créateurs. Il y a cinquante ans, un enfant sortant de la première année de l'Ecole primaire (Cours Préparatoire), sauf handicap particulier, savait lire, compter et commençait à calculer avec les quatre opérations de base. Aujourd'hui, j'ai été ahuri par le témoignage d'un professeur d'Histoire et Géographie qui a vu un élève de Première Littéraire, invité à lire le programme de l'année, le déchiffrer avec difficulté, mot-à-mot, la signification de l'ensemble lui échappant nécessairement ! Un Professeur de Géographie à l'Université Paris VIII témoigne des fautes stupéfiantes de français et même de capacité à l'expression écrite (et à assimiler une oeuvre écrite) de beaucoup de ses étudiants, tous bacheliers comme chacun sait.
» Faudrait-il enseigner les sciences autrement ? Et comment ?
Aujourd'hui, dans les programmes des classes préparant au Baccalauréat Scientifique (S), on a progressivement élagué tout ce qui représente la moindre difficulté de raisonnement. Sans l'avouer publiquement, "Il n'est pas question d'apprendre à raisonner à vos élèves de Première et Terminale S" !
Or il est possible d'apprendre aux enfants et adolescents dès l'Ecole primaire, puis au Collège, enfin au Lycée, chaque âge à son étape et à son niveau de puissance, de concentration, de méthode et de technique, à développer un bon raisonnement, même s'ils vont exercer un métier autre que scientifique ou technologique de pointe, car c'est simplement un entraînement à penser sainement et efficacement.
Pourquoi demande-t-on aux candidats pilotes en aviation d'avoir fait des mathématiques (souvent des CPGE) ? Non parce qu'on résout des équations aux commandes d'un Airbus, mais parce que cela constitue un excellent entraînement à la décision rapide et sûre. Déjà dans l'Antiquité, les grands philosophes répondaient aux jeunes qui voulaient apprendre d'eux et devenir leurs disciples : "Avez-vous fait d'abord de la géométrie ?". La relation avec la capacité de raisonner dans n'importe quel domaine est claire et nette. On peut donner goût à l'enfant et à l'adolescent, à tout âge, à la recherche de solutions de questions, d'énigmes, d'ailleurs, c'est l'essence de tout jeu. Les mathématiques, par exemple, forment un jeu passionnant, à la règle sans cesse étendue et enrichie, aux niveaux multiples et toujours plus élevés, plus passionnants... Idem pour les autres sciences : physique, chimie, biologie, etc.
» Comment vous y prenez-vous pour donner le goût des sciences à vos élèves ?
Evidemment, il faut aimer d'abord la culture et la pensée, les sciences en général et la science qu'on professe pour transmettre cet amour à ses jeunes. Un bon enseignement doit équilibrer l'attention et l'effort en classe comme individuel en travail personnel par la joie de découvrir, de trouver, de résoudre soi-même des questions, des énigmes. C'est un jeu à un nombre illimité de niveaux, et dans tout jeu, le plaisir de découvrir, de trouver des vérités cachées, est renouvelé par le passage au niveau suivant, supérieur et finalement plus beau, plus esthétique, plus profond, de plus en plus "philosophique", aussi. A un niveau suffisamment élevé, art, science et philosophie se rejoignent, pour la jubilation de l'esprit |