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de M. JULLIARD :
En pleine chasse aux « décharges » dont bénéficient certains profs,
Robien vient d'en accorder une - à temps plein - à un certain Marc Le
Bris. Membre de l'association Sauver les lettres, il a pour mission de
travailler à la refonte des programmes scolaires.
* PAN SUR LE BEC *
**
Cher Monsieur*,*
* *
Que voilà un article ambigu ! Et quelle déception ! [numéro du 21 juin 2006,
page 3, « *En pleine chasse aux décharges* »]
Pour une fois que vous parlez de Marc Le Bris [auteur de *Et vos enfants ne
sauront pas lire. ni compter *chez Stock], c'est pour le présenter comme un
privilégié, une sorte de « pistonné » qui obtient du ministre une décharge
quand l'heure est au « dégraissage ». Or cette décharge est accordée *dans
un cadre précis* , la mise en place du projet « SLECC » (« savoir lire,
écrire, compter et calculer »), et *pour une mission définie* , la rédaction
de nouveaux programmes pour l'enseignement primaire et l'encadrement de
l'expérience SLECC. Il ne s'agit donc ni d'un fait du Prince, ni de chèque
en blanc, ni de privilège !
Votre hâte à faire de l'esprit vous a empêché d'aller voir de plus près -
mais ça prend du temps !- de quoi il retournait. Vous rejoignez ainsi la
cohorte des « journaleux »-amis-des-pédagogols pour qui tout ce qui est de
maintenant est moderne donc positif, et tout ce qui demande du temps, du
travail et de l'effort est négatif donc réactionnaire.
Vous auriez été bien inspiré d'aller vous promener sur le site de
l'Education nationale ( http://www.education.gouv.fr ), notamment dans la
rubrique « enseignement primaire », et vous auriez vu le nombre de
commissions, conseils, bref de « fromages » où se pressent un bon nombre de
*vrais privilégiés*, professeurs qui n'ont pas vu l'ombre d'un élève depuis
des décennies, mais qui élaborent des programmes toujours plus absurdes et
plus vides, ou réfléchissent gravement à des méthodes toujours plus
révolutionnaires pour enseigner à lire.
Comment avez-vous eu le nom de Marc Le Bris, alors que le Canard n'a jamais
parlé de son livre, si dérangeant qu'il a fait couler beaucoup d'encre et de
venin ?
Savez-vous dans quel état est l'Ecole , aujourd'hui ? Que si nous continuonsà nous faire museler par les médias, traiter de « réac » ou de« défenseurs-de-la-blouse-grise-et-des- coups-de-règle », vous n'aurez
bientôt plus de lecteurs au Canard enchaîné ?
Ignorez-vous que *moins l'école transmet de connaissances, plus elle est
inégalitaire *, les enfants de milieu défavorisé n'ayant que l'école pour
apprendre et n'ayant pas les moyens de payer ces petits cours privés qui
enseignent au prix fort ce que l'école *gratuite* n'enseigne plus ?
Pensez-vous qu'un projet comme celui de SLECC soit réactionnaire ? Ne
voyez-vous pas le *scandale *
qu'il y a à quémander du ministère l'autorisation de lancer cette expérience
extra-ordinaire (au sens propre, malheureusement) qui consiste à vouloir que
les élèves apprennent à l'école primaire à lire, à écrire, à compter et à
calculer ?
N'avez-vous pas compris que, depuis tant d'années que l'on nous répète que
le « maillon faible » de l'éducation nationale est le collège, *on nous ment
* ? Comme on ment aux élèves (et à leurs parents) que l'on fait passer en 6°
alors qu'ils n'ont absolument pas le niveau ?
Savez-vous que, lorsque Lionel Jospin fit passer *sa* réforme, en 1989,
réforme qui achevait la destruction de l'école élémentaire entreprise bien
avant lui, et qui proscrivait le redoublement, particulièrement au CP (unélève qui redouble coûte cher. Question : combien coûte un « mal appris »
qui termine sa scolarité obligatoire à 16 ans ?), il créa en même temps le
système d'évaluation à l'entrée en 6° ? Evaluation « trafiquée » pour que
l'on ne puisse pas se rendre compte du désastre provoqué en amont par sa
réforme ?
Savez-vous que, lorsque Jospin chargea Jean Ferrier de faire un rapport *
officiel* sur l'évolution de l'enseignement primaire, ce dernier tira la
sonnette d'alarme en 1998 en rédigeant son rapport, intitulé « *Améliorer
l'efficacité de l'école primaire. *Sous-titre : *Des résultats
inquiétants* ». Et cela commence ainsi : «
*On estime à environ 25% d'une classe d'âge la proportion des élèves en
difficulté ou en grande difficulté à l'entrée au collège.* » [Ce rapport est
disponible sur le site de la documentation française, ou surhttp://s.huet.free.fr/paideia/diaphorai/rapfer0.htm .]
Vous pensez bien que l'on se garda de faire la publicité d'un tel résultat !
Et l'on continua comme jamais à réduire les programmes, à les vider de tout
contenu, à supprimer les heures d'enseignement des disciplines fondamentales
pour les remplacer par davantage de « sorties pédagogiques » en tous genres.
Savez-vous qu'un élève qui entre en 6° aujourd'hui a une année voire une
année et demie de farnçais *en moins *qu'un élève de 1970 ?
Et quand, tel un irréductible Gaulois, un Marc Le Bris obtient enfin une
décharge(après combien d'années de lutte épuisante contre les autorités, à
commencer par les inspecteurs) pour un vrai travail, vous trouvez très malin
de faire de l'humour sur son cas précis.
J'espère que c'est en « ignorance de cause » que vous avez commis cet
article.
Il serait élégant de rectifier l'effet calamiteux qu'il a produit dans le
monde étroit de l'Education Nationale par un rectificatif du genre « pan sur
le bec ! ».
Puis-je compter sur vous ?
Fidèlement, malgré tout !
Mireille Grandval, Rangoun, abonnée.
P.S. *Petite bibliographie* :
Marc Le Bris : *Et vos enfants ne sauront pas lire.ni compter.* Stock, 2004.
Liliane Lurçat : *La Destruction** de l'enseignement élémentaire et ses
penseurs*, 1998, François-Xavier Guibert, coll. de poche. Chercheur au CNRS
(à la retraite maintenant), L.Lurçat a écrit une série d'ouvrages
passionnants sur la petite enfance, notamment sur l'influence de la
télévision, dans un livre dont le titre ressemble à : *La télévision :
l'enfance volée.*
Jean-Pierre Le Goff : *La Barbarie** douce* , La découverte 1999.
Rachel Boutonnet : *Journal d'une institutrice clandestine*, Ramsay, 2003.
Ce qu'elle dénonce des IUFM (instituts de *formatage* des maîtres) est
tellement hénaurme qu'on l'a traitée d'hystérique, de menteuse. Mais il y a
pire que les IUFM d'Ile de France : ceux de l'académie du Nord-Pas-de-Calais
n'ont pas l'air mal, non plus ! Voir le livre *La Ferme** des professeurs *,
sorti récemment.
Mireille Grange et Michel Leroux : *Evaluation de l'évaluation*, Le Débat,
mars 2004 : une analyse précise de la façon dont l'administration fausse
l'évaluation des enfants qui entrent en 6° pour que l'étendue du désastre ne
soit pas perçue officiellement (les professeurs de 6° ne mettent pas
longtemps à se faire une opinion !).
Fanny Capel : *Qui a eu cette idée folle un jour de casser l'école ? *Ramsay,
2004. Etat des lieux assez complet sur l'Ecole.
Natacha Polony (chargée des pages « éducation » à *Marianne) : Nos Enfants
gâchés * , J-C Lattès 2005.
Bonne lecture !**
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